Femmes dans la construction : Asmae Ben Bahida, experte en BIM

Femmes dans la construction : Asmae Ben Bahida, experte en BIM

En ce mois de mars, nous vous présentons une femme inspirante. Dans le secteur en constante évolution de l’architecture, de l’ingénierie et de la construction (AIC), une femme se distingue par sa vision novatrice de la digitalisation. Découvrez Asmae Ben Bahida, fondatrice et PDG de Just BIM It, une société d’ingénierie et de conseil forte de plus de 7 ans d’expertise, qui accompagne le secteur de l’AIC dans une transition numérique durable.

Nous avons eu le plaisir de rencontrer Asmae dans ses bureaux. Nous avons discuté de son parcours professionnel, de ses projets, de ses ambitions et des obstacles qu’elle a surmontés.

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Le parcours d’Asmae

Kingsley : Bonjour Asmae ! Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre projet ?

Asmae : Bonjour, je suis Asmae. Je suis ingénieure en construction, spécialisée dans la digitalisation de la construction, un processus également connu sous le nom de BIM. Après avoir acquis de l’expérience en conseil, j’ai décidé de créer ma propre entreprise. Si je devais me décrire en trois adjectifs : passionnée, résiliente et ambitieuse.

K : Pourriez-vous nous parler un peu plus de votre parcours scolaire et professionnel ?

AB : Bien sûr, pendant mes études d’ingénierie du bâtiment, j’ai découvert le BIM, ce qui a piqué ma curiosité. J’ai commencé à me documenter sur le sujet et je me suis rapidement passionnée pour le BIM. J’ai ensuite suivi des cours dans des écoles américaines, ce qui a marqué le début de mon aventure dans le monde de la numérisation de la construction. Pendant mes études, j’ai tenté de créer une entreprise avec quelqu’un. Malheureusement, cela n’a pas fonctionné, mais j’en ai tiré de précieux enseignements. Après avoir repris mes études pour terminer mon master, j’ai décidé de créer mon propre site web, faute de moyens financiers suffisants en tant qu’étudiante. Cette décision a été le point de départ de mon aventure, et elle s’est faite un peu par hasard. J’ai continué à travailler comme consultante dans les deux domaines, et aujourd’hui, j’ai réussi à les combiner.

K : Quel était votre métier de rêve quand vous étiez plus jeune ?

AB : J’ai toujours rêvé de devenir ingénieure et de créer ma propre entreprise. Aujourd’hui, j’ai réalisé ces deux rêves, mais j’ai des ambitions encore plus grandes et d’autres rêves que j’aspire à réaliser.

K : Si tu pouvais te donner un conseil il y a 10 ans, quel serait-il ?

AB : Je te dirais : aie confiance en toi !

K : Y a-t-il une femme qui t’inspire ?

AB : La femme qui m’inspire au quotidien, c’est évidemment ma mère. Elle est courageuse, proactive, empathique et elle me soutient énormément dans mon projet d’entrepreneuriat. Parfois, quand j’ai des doutes sur des projets ou que j’ai des idées qui me paraissent même farfelues, elle est là pour m’encourager avec un « Pourquoi pas ? » et me rassurer : « Tu en es capable. » Avec mon père, elle forme mon pilier. Je me sens incroyablement chanceuse d’avoir mes deux parents qui me soutiennent et encouragent mes projets ambitieux. Je ne les remercierai jamais assez.

Projet Just BIM’IT

K : Pouvez-vous présenter le projet Just BIM’IT ?

AB : La société Just BIM’IT est un bureau d’études et de conseil spécialisé dans la construction numérique, les processus BIM, les villes intelligentes et les bâtiments intelligents. Nous disposons également d’un petit département informatique.

K : Pouvez-vous expliquer simplement ce qu’est un processus BIM ?

AB : Je le compare souvent au jeu Les Sims, où l’on peut construire des bâtiments virtuellement. Aujourd’hui, grâce à la modélisation 3D intégrant des données, nous pouvons construire virtuellement avant même de commencer la construction physique. Cela nous permet d’automatiser de nombreux processus, les données étant au cœur des processus BIM. En résumé, le BIM est une méthodologie de travail qui repose sur la collaboration entre différents acteurs : architectes, ingénieurs, propriétaires ou bureaux d’études. Ils travaillent tous sur un modèle centralisé, appelé BIM, qui collecte les données et les informations de chaque participant.

K : Vous êtes également membre de l’association Smart Cities. Pouvez-vous nous en dire plus ?

AB : Je suis conseillère auprès de la Chambre de commerce et d’industrie de l’UE pour l’Alliance des villes intelligentes. Mon rôle au sein de ce conseil est de conseiller sur différents sujets et défis liés aux villes intelligentes. Nous souhaitons sensibiliser à la conception de villes intelligentes, en mettant l’accent sur le lien entre durabilité et performance. Nous voulons également que la numérisation soit un atout pour les citoyens.

K : Qu’est-ce qu’une ville intelligente ?

AB : Une ville intelligente tire parti de la numérisation pour améliorer la qualité de vie de ses citoyens. Par exemple, en créant des bâtiments intelligents équipés de capteurs à chaque étage, nous pouvons collecter des données sur la consommation d’énergie. Cela nous permet d’analyser et d’optimiser la consommation d’énergie des bâtiments. De plus, les données collectées nous permettent d’utiliser des algorithmes pour prédire les émissions de carbone. La collecte de données peut avoir lieu avant et après la construction d’un bâtiment. Avec la méthode BIM, nous privilégions l’utilisation des données en amont pour concevoir des bâtiments à haute performance énergétique. Cependant, nous avons également des stratégies pour les bâtiments anciens, où des capteurs peuvent être installés après la construction afin de collecter des données sur les structures existantes.

Femmes entrepreneures

K : Qu’est-ce qui vous a inspirée à changer de carrière, passant de responsable BIM à la création de votre propre entreprise ?

AB : Je crois que l’esprit d’entreprise a toujours fait partie de moi. Même plus jeune, j’ai toujours pris l’initiative de développer des projets. Au laboratoire, j’ai naturellement endossé un rôle de leader, déléguant des tâches et analysant avec enthousiasme les résultats afin de déterminer comment améliorer les processus à partir de ces découvertes. Après plusieurs années d’expérience, j’ai senti que le moment était venu de me lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Malgré un esprit créatif, qui peut sembler en contradiction avec l’image traditionnelle de l’ingénieur, perçu comme très logique et analytique, j’ai toujours su allier efficacement ces deux aspects. J’ai toujours été curieuse de savoir comment appliquer les solutions technologiques de manière innovante pour répondre aux enjeux sociétaux, d’autant plus que je suis spécialisée dans ce domaine.

K : Y a-t-il un projet dont vous êtes particulièrement fière ?

AB : L’un des projets les plus inspirants auxquels je participe, et sur lequel je travaille encore, vise à promouvoir l’entrepreneuriat et l’ingénierie auprès des femmes. Ce thème me tient particulièrement à cœur, et je suis fière de savoir que je peux contribuer à faire bouger les choses dans ce domaine. Je développe un programme destiné à aider les femmes sénégalaises à devenir financièrement indépendantes en créant leurs propres sources de revenus grâce aux technologies.

K : Vous participez également à d’autres projets, comme Women in BIM. Pouvez-vous nous en dire plus ?

AB : Je suis impliquée dans plusieurs initiatives visant à l’autonomisation des femmes. Bien que je ne me sois jamais considérée comme une militante et que j’aie toujours été inspirée par celles et ceux qui défendent les droits des minorités, la confrontation avec les réalités du secteur de la construction m’a motivée et m’a donné la force d’agir. Mon objectif est de soutenir les femmes afin qu’elles n’aient pas à subir les mêmes difficultés que j’ai rencontrées dans le secteur de la construction. Je suis maintenant membre de Women in BIM, une organisation internationale qui promeut les processus BIM. Ce groupe rassemble des architectes et des ingénieures en construction comme moi. Nous organisons des séances de mentorat, répondons aux questions et formons les femmes intéressées par ces domaines.

K : Quelle a été la principale leçon que vous avez apprise depuis que vous vous êtes lancée dans l’entrepreneuriat ?

AB : Depuis que j’ai entamé mon parcours entrepreneurial, j’ai appris plusieurs leçons que j’aurais aimé connaître plus tôt. Le premier point, c’est le pouvoir du réseautage. Au départ, étant introvertie, je restais dans ma bulle, mais j’ai vite compris que je ne pouvais pas accomplir grand-chose sans m’ouvrir aux autres. Les entrepreneurs doivent communiquer, créer des liens avec d’autres entreprises et organisations, et sortir de leur zone de confort. Un autre conseil que je donnerais est l’importance de la connaissance de soi. Je me suis beaucoup investie dans mon développement personnel avant de lancer mon entreprise, mais j’ai réalisé que c’était un aspect sur lequel je devais encore plus me concentrer une fois entrée dans le monde de l’entrepreneuriat. Comprendre ses forces et ses faiblesses est crucial pour les gérer efficacement et développer son entreprise.

K : Pour vous, qu’est-ce qui fait un bon leader ?

AB : Un bon leader est quelqu’un qui inspire son équipe. De plus, une communication efficace et une forte intelligence émotionnelle sont des qualités essentielles. Ces compétences relationnelles permettent une communication efficace avec son équipe, ce qui permet de la guider et de la former, tout en apprenant d’elle.

Les femmes dans le BTP

K : Avez-vous eu le sentiment d’évoluer dans un secteur majoritairement masculin ?

AB : Le secteur du BTP est majoritairement masculin et traditionaliste, ce qui peut représenter un défi pour les femmes. En tant qu’ingénieure dans le secteur de la construction, j’ai personnellement vécu ces difficultés et j’ai constaté qu’être une femme entrepreneure dans ce secteur représente des défis encore plus importants. Malheureusement, il reste beaucoup de chemin à parcourir et d’efforts à déployer pour remédier à ce problème.

K : Y a-t-il un défi en particulier dont vous aimeriez parler ?

AB : Eh bien, étant jeune, femme, femme de couleur, et travaillant à la fois dans les secteurs de la construction et des technologies, je cumule plusieurs stéréotypes qui s’accompagnent intrinsèquement de difficultés. Souvent, je ne suis pas prise au sérieux lors des discussions de projet. J’ai remarqué, lors d’événements ou de réunions, que les gens ne me prêtent pas beaucoup d’attention au départ, ou ne m’accordent pas beaucoup d’importance, jusqu’à ce que je commence à présenter mon projet ou à prendre la parole lors d’une conférence. À ce moment-là, je sens un changement dans la dynamique de la salle. Les gens commencent à interagir avec moi, à me féliciter et à engager la conversation. En tant que femme, il y a un sentiment palpable que nous devons faire nos preuves pour gagner le respect, une exigence qui semble moins marquée pour les hommes.

K : Merci pour vos réponses. Avez-vous de nouveaux projets en cours ?

AB : Mon objectif principal est actuellement de développer mon entreprise. Par ailleurs, je m’engage à impulser le changement dans le secteur de la construction. J’organise un événement en septembre, mettant en lumière les femmes dans le BTP, orchestré par ma société « Just BIM IT » et co-organisé par « Embuild », la Confédération belge de la construction. Je suis reconnaissante du soutien de Jean-Chr.